—Et vous vous êtes laissé garrotter et fouetter comme des femmes! Quelle frayeur vous a saisis? vos mains se sont-elles subitement paralysées, ou vos cœurs sont-ils descendus dans vos talons? Vraiment, c'est risible! et ce boyard qui, au milieu du jour, s'est jeté sur des opritchniks! cela ne peut pas être. Oui, ils voudraient bien détruire l'opritchna, mais cela brûle! et moi, ils voudraient bien me dévorer, mais les dents leur manquent. Écoute, si tu veux que je te croie, nomme ce boyard, sinon confesse ton mensonge. Si tu ne le fais pas, tu t'en repentiras, mon garçon.
—Seigneur! répondit l'écuyer d'une voix ferme, Dieu sait que je dis la vérité. Si tu me condamnes, que ta volonté soit faite; je n'ai pas peur de la mort.—Il tourna les yeux vers les opritchniks comme pour en appeler à leur témoignage. Tout à coup son regard rencontra celui de Sérébrany.
Il serait difficile de décrire ce qui se passa dans l'âme de Khomiak. La surprise, le doute et enfin une joie satanique se peignirent tour à tour sur ses traits.
—Seigneur, dit-il, en se redressant, si tu veux savoir celui qui nous a attaqués, celui qui a tué mes camarades, celui qui a donné l'ordre de nous fouetter, ordonne à ce boyard que voilà, de dire son nom.
Tous les yeux se tournèrent vers Sérébrany. Le Tzar fronça le sourcil et le regarda fixement mais ne dit pas une parole. Le prince Nikita ne fit pas un mouvement, son visage était calme, mais pâle.
—Nikita! dit enfin le Tzar, prononçant lentement chaque mot, viens ici. Réponds! connais-tu cet homme?
—Je le connais, sire!
—L'as-tu attaqué lui et ses compagnons?
—Sire, cet homme et ses camarades attaquaient eux-mêmes un village…
Khomiak interrompit le prince. Afin de perdre son ennemi, il résolut de ne pas s'épargner lui-même.