—Il n'est pas trop tard, sire, dit Godounof qui rentrait dans la salle. J'ai ordonné de retarder un moment l'exécution. Je sais que tu es miséricordieux, que tu pardonnes quelquefois au criminel que tu as condamné. Sérébrany, la tête sur le billot, attend ta volonté souveraine.

Le visage d'Ivan s'éclaira.

—Boris, dit-il,—viens ici, mon bon serviteur, toi seul connais mon cœur. Toi seul sais que ce n'est pas à plaisir que je verse le sang, mais pour extirper la trahison. Tu ne me regardes pas comme un être sanguinaire. Viens ici que je t'embrasse.

Godounof s'inclina, le Tzar le baisa au front.

—Viens aussi, toi, Maxime, je te permets de baiser ma main. Tu dis la vérité à celui dont tu manges le pain et le sel, sers-moi toujours ainsi. Qu'on lui donne une pelisse de martre.

—Quelle est ta solde? demanda Ivan.

—Celle des simples opritchniks, sire.

—Je te donne le rang de capitaine. Tu recevras les vivres et auras tous les autres avantages du commandement. Mais je vois que tu as sur la langue quelque chose que tu n'oses dire, parle sans honte, demande ce que tu voudras!

—Sire! je n'ai pas mérité ta faveur souveraine, je ne suis pas digne de ce riche vêtement, je suis trop jeune. Je ne te demande qu'une seule chose: Envoie-moi à l'armée de Lithuanie, ou bien dans la terre de Rézan combattre les Tatars!

Quelque chose comme du mépris apparut dans les yeux d'Ivan.—Qui t'a donné un si vif désir d'aller combattre, jeune homme? La vie que nous menons ici, t'est-elle donc à charge?