—Allons, dit-il,—tu en as eu assez avec les coups de fouet du prince. Je te pardonne. Va-t'en, Terechka.

Le changement bienveillant d'Ivan à l'égard de Sérébrany causa un murmure de satisfaction parmi les boyards. L'oreille subtile du Tzar l'entendit et son esprit soupçonneux se l'expliqua à sa manière. Quand Khomiak et Terechka furent sortis de la salle, Ivan dirigea son regard perçant de leur côté.

—Vous! dit-il sévèrement,—ne pensez pas, en voyant mon arrêt, que je change à votre égard!—Et en ce même instant, dans son âme inquiète, entra la pensée que peut-être Sérébrany allait attribuer sa clémence à de la faiblesse. Alors il regretta d'avoir pardonné et voulut réparer son erreur.

—Écoute! dit-il en regardant le prince,—je t'ai pardonné aujourd'hui à cause de ta franchise et je ne retire pas mon pardon. Mais sache que si tu commets quelque autre faute, l'ancienne te sera comptée. Et alors, en voyant tes torts, ne cherche pas, comme d'autres l'ont fait, à te sauver en Lithuanie ou auprès du Khan, mais jure-moi qu'en quelque lieu où tu sois, tu attendras la punition qu'il m'aura plu de t'infliger.

—Sire! répondit Sérébrany,—ma vie est dans ta main. Me cacher de toi n'est point dans ma coutume.—Je te promets, si quelque accusation pèse sur moi, d'attendre ton jugement et de ne pas chercher à éviter ton arrêt.

—Jure-le sur cette croix! dit Ivan avec emphase et, élevant la croix qui pendait sur sa poitrine, il la donna à Sérébrany en jetant un regard de côté aux boyards.

Au milieu du silence général on entendit le bruissement de la chaîne d'or, lorsque Ivan laissa tomber de ses mains l'image du Sauveur que Sérébrany, après avoir fait le signe de la croix, venait de baiser.

—Maintenant, va! dit Ivan, et prie la très-sainte Trinité et tous les bienheureux de te préserver de toute nouvelle faute, quelque légère qu'elle soit!

—Va donc, ajouta-t-il, en regardant les boyards:—vous qui avez entendu ceci, n'attendez pas un nouveau pardon pour Nikita et n'espérez pas m'apitoyer sur lui, s'il encourt une autre fois ma colère.

Après s'être ainsi assuré, par un serment sacré, d'atteindre Sérébrany quand il le voudrait, le visage d'Ivan exprima la satisfaction.—Allez, dit-il, que chacun retourne à ses devoirs! que les boyards surveillent l'exécution des lois comme par le passé, que les opritchniks, mes fidèles serviteurs d'élite se rappellent leur serment et ne s'émeuvent pas si aujourd'hui j'ai pardonné à Nikita: il n'y a de partialité dans mon cœur ni pour les proches ni pour les éloignés.