Maliouta le trouva en proie à ce délire.
—Sire, dit-il après un moment de silence, tu as daigné m'ordonner de donner la question aux Kolichef au sujet de nouvelles trahisons. Compte sur moi. Je saurai les faire parler. Il y a un seul nom que je n'oserai pas, que je ne pourrai pas leur faire dire, celui du plus grand de tes ennemis.
Le Tzar regarda son favori avec étonnement.
Il y avait dans les yeux de Maliouta quelque chose d'extraordinaire.
—Il est tel, continua Skouratof et sa voix changea, que l'œil le voit, l'oreille l'entend, mais que la langue n'ose le formuler.
Le Tzar le considéra d'un œil interrogateur.
—Vois-tu, sire, tu as puni beaucoup de brigands, et pourtant tu n'as pas purgé la Russie de la trahison. Tu en puniras encore davantage et tu ne seras pas plus avancé.
Le Tzar écoutait mais ne devinait pas.
—Parce que tu coupes les branches sèches, mais le tronc et la racine restent parfaitement sains.
Le Tzar ne comprenait encore rien, mais il écoutait avec une curiosité croissante.