Ainsi, par exemple, rappelle-toi quand tu fus sur le point de mourir,—que Dieu te donne de longs jours! Les boyards ourdirent une grande conspiration contre toi. Ils avaient alors avec eux ton frère aîné Vladimir Andréevitch.

Ah! pensa le Tzar, voilà la signification de mes visions nocturnes! l'ennemi voulait obscurcir ma raison pour favoriser les machinations de mon frère. Mais il n'en sera pas ainsi. Je n'épargnerai pas mon frère.

—Parle, dit-il, en s'adressant d'une voix terrible à Maliouta—parle, que sais-tu sur Vladimir Andréevitch?

—Rien, sire, ce que je dis n'a pas de rapport avec Vladimir Andréevitch. A son sujet, je ne sais même rien qui puisse faire soupçonner qu'il trame quelque chose contre toi. Les boyards ne pensent pas à lui maintenant. Il y a longtemps qu'il a renoncé à te disputer le trône. Mes paroles n'ont pas trait à lui.

—A qui donc? demanda le Tzar avec étonnement et ses traits se contractèrent convulsivement.

—Vois-tu, sire, Vladimir a abandonné l'idée de troubler l'État, mais les boyards, eux, ne l'ont pas abandonnée. Ils se sont dit: il n'ose pas monter sur le trône, nous y mettrons…

Maliouta s'arrêta.

—Qui? demanda le Tzar, et ses yeux lançaient des flammes.

Maliouta se troubla.

—Sire! tout n'est pas bon à dire. Le proverbe dit: réfléchis, devine, mais garde ta langue derrière tes dents.