Skouratof se tut et, plein d'anxiété, il osait à peine lever sur le Tzar ses yeux sanglants.

Le Tzar ne répondit rien. Ses mains s'abaissèrent. Il comprenait enfin.

En cet instant on entendit dans la cour des cris joyeux.

Au moment même où commençait cette conversation entre le Tzar et Skouratof, le Tzarévitch rentrait avec ses favoris. Des marchands, venus de Moscou pour implorer sa protection, l'attendaient dans la cour. En l'apercevant, ils tombèrent à genoux.

—Que voulez-vous, marchands, demanda négligemment le Tzarévitch?

—Seigneur! répondirent les anciens, nous sommes venus implorer ton appui! Sois notre soutien! Aie pitié de nous! Les opritchniks nous ruinent; ils enlèvent nos femmes et nos enfants!

—Voyez-vous les imbéciles! dit le Tzarévitch en s'adressant à Basmanof. Ils voudraient garder leurs femmes et leurs marchandises pour eux seuls! Il y a bien là de quoi pleurnicher! Retournez chez vous, je parlerai à mon père en votre faveur, coquins.

—Tu es notre père, que Dieu te donne de longues années! s'écrièrent les marchands.

Le Tzarévitch était à cheval. A côté de lui se trouvait Basmanof. Les solliciteurs étaient à genoux devant lui; le plus ancien d'entre eux offrait le pain et le sel sur un plat d'or. Maliouta voyait cette scène de la fenêtre.

—Seigneur, murmura-t-il au Tzar, regarde, voilà déjà le peuple qui le salue en souverain!