Et comme le magicien s'épouvante en voyant l'esprit du mal qu'il a évoqué, de même Maliouta fut effrayé de l'expression que prirent les traits du Tzar en entendant ses paroles. La figure d'Ivan n'avait plus rien d'humain. Jamais Maliouta lui-même ne l'avait vu aussi terrible.
Quelques moments s'écoulèrent. Soudain Ivan eut un sourire.—Grégoire, dit-il en posant les deux mains sur l'épaule de Skouratof, comment disais-tu tout à l'heure? Je coupe les branches mortes et le tronc reste toujours intact.
—Grégoire, continua le Tzar, articulant lentement chaque mot et regardant Maliouta avec une effrayante expression, te chargeras-tu avec la racine d'extirper la trahison?
Une joie méchante crispa la bouche de Maliouta.
—Je m'en chargerai, murmura-t-il en tremblant de tout son corps.
L'expression du visage d'Ivan changea instantanément, le sourire disparut, ses traits prirent une immobilité froide et implacable: son visage semblait taillé dans le marbre.—Il faut agir immédiatement, dit-il d'une voix saccadée et impérative.—Que personne ne sache ceci. Il ira aujourd'hui à la chasse. Qu'aujourd'hui on trouve son corps dans la forêt. On dira qu'il s'est tué en tombant de cheval. Connais-tu la Mare du Diable?
—Je la connais, sire.
—C'est là qu'on le trouvera!—Le Tzar montra la porte.
Maliouta sortit et respira plus librement dans le corridor.
Le Tzar resta longtemps immobile, puis il s'avança lentement vers les images et tomba à genoux.