Depuis l'arrivée de Serge, il se demandait s'il pourrait donner suite à ce projet. Il était confus d'abandonner son frère pendant toute une journée, et craignait aussi un peu ses plaisanteries. Les impressions de l'année précédente lui revinrent tandis qu'il traversait la prairie.

«Il me faut absolument un exercice violent, sinon mon caractère deviendra intraitable», pensa-t-il, décidé à braver l'ennui que pouvaient lui causer les observations de son frère et de ses gens.

Le même soir, en allant donner ses ordres pour les travaux du lendemain,
Levine, dissimulant son embarras, dit à son intendant:

«Vous enverrez ma faux à Tite pour qu'il la repasse demain, je faucherai peut-être moi-même.»

L'intendant sourit et répondit:

«C'est bien.»

Plus tard, en prenant le thé, Levine dit à son frère:

«Décidément le temps se met au beau, je faucherai demain:

—J'aime beaucoup ce travail, dit Serge Ivanitch.

—Moi, je l'aime extrêmement; il m'est arrivé de faucher l'année dernière, et je veux m'y remettre demain toute la journée.»