—Ainsi donc, mon bon, on vous a élevé à l'étranger? Ce n'est pas comme nous, ton père et moi, auxquels un sacristain a enseigné à lire et à écrire!... Eh bien, dites-moi, mon ami, vous servez dans la garde à cheval à présent? ajouta-t-il en le regardant fixement de très près.

—Non, j'ai passé dans l'armée, répondit Anatole, qui réprimait avec peine une folle envie de rire.

—Ah! ah! c'est parfait! C'est donc que vous voulez servir l'Empereur et la patrie? On est à la guerre... un beau garçon comme cela doit servir, doit servir... au service actif!

—Non, prince, le régiment est déjà en marche, et moi j'y suis attaché...—À quoi donc suis-je attaché, papa? dit-il en riant à son père.

—Il sert bien, ma foi: il demande à quoi il est attaché! ha! ha!»

Et le vieux prince partit d'un éclat de rire, auquel Anatole fit écho, quand tout à coup le premier s'arrêta tout court et fronça violemment les sourcils:

«Eh bien, va-t-en,» lui dit-il.

Et Anatole alla rejoindre les dames.

«Tu l'as fait élever à l'étranger, n'est-ce pas, prince Basile?

—J'ai fait ce que j'ai pu, répondit le prince Basile, car l'éducation que l'on donne là-bas est infiniment supérieure.