—Va, il t'attend, il demande ta main, lui répondit la comtesse d'un ton qui lui parut sévère.... Va!»
Et ses yeux, pleins de tristes et muets reproches, suivirent sa fille, qui s'enfuyait, elle, avec joie!
Natacha ne put jamais se rappeler plus tard comment elle était entrée dans le salon; elle s'y arrêta immobile à la vue du prince André. «Est-ce possible que cet étranger, soit devenu tout pour moi?» se demanda-t-elle, et elle se répondit instantanément à elle-même: «Oui, tout! il m'est plus cher, à lui seul, que tout en ce monde!» Le prince André s'avança vers elle, les yeux baissés:
«Je vous ai aimée du premier jour où je vous ai vue. Puis-je espérer?...»
Il la regarda et fut frappé de l'expression sérieuse et passionnée de son visage, qui semblait lui dire: «Pourquoi douter de ce que l'on ne peut ignorer? Pourquoi parler, lorsque les paroles sont insuffisantes à exprimer ce que l'on sent?»
Elle se rapprocha et s'arrêta. Il lui prit la main et la baisa.
«M'aimez-vous? lui demanda-t-il.
—Oui, oui,» murmura-t-elle presque avec dépit, et, aspirant l'air avec effort comme si elle allait étouffer, elle éclata en sanglots.
«Qu'avez-vous? Pourquoi pleurez-vous?
—Ah! c'est de bonheur,» dit-elle en souriant à travers ses larmes.