Peu de personnes pleurent sincèrement grand'mère. Il y en a une dont la douleur violente m'a frappé au plus haut degré; il s'agit de Gacha, la femme de chambre de grand'mère.
Elle s'est enfermée au grenier et ne cesse pas de sangloter, de s'arracher les cheveux; elle refuse toute consolation et déclare que la mort seule pourra adoucir la perte de sa maîtresse chérie.
Mais j'ai souvent remarqué que les sentiments sont d'autant plus sincères qu'ils paraissent plus invraisemblables.
Grand'mère n'est plus; mais sa mémoire est toujours vivante au milieu de nous, et son nom revient toujours dans nos entretiens. On parle surtout beaucoup de son testament, dont personne n'a eu connaissance, à l'exception de l'exécuteur testamentaire, le prince Ivan Ivanitch.
Une certaine effervescence s'est produite parmi les gens de grand'mère; on se demande à qui reviendront tous ses biens, et j'avoue que j'éprouve un mouvement de plaisir involontaire en pensant que nous allons recueillir un héritage.
Six semaines plus tard, Nicolas, qui colporte toujours toutes les nouvelles de la maison, m'apprend que grand'mère a laissé toute sa propriété à ma sœur Lioubotchka, qui aura pour tuteur, jusqu'à l'époque de son mariage, le prince Ivan Ivanitch, et non pas mon père.
[CHAPITRE XXII]
NOS AMIS ET MON AMI
Il ne me reste plus que quelques mois avant d'entrer à l'Université. J'étudie avec zèle. Maintenant j'attends mes professeurs sans appréhension, et même je prends un certain plaisir à mes leçons.