Mais ce jeune homme voulait à tout prix ramener ma gaieté; il me provoquait à folâtrer avec lui, m'appelait «un brave», et, quand les grandes personnes ne nous voyaient pas, il remplissait mon verre de vin et m'obligeait à le vider. Vers la fin du souper, lorsque le maître d'hôtel me versa seulement un quart de verre à champagne d'une bouteille enveloppée dans une serviette, il protesta en insistant pour qu'il m'en donnât davantage, puis il me força de le boire d'un trait; aussitôt une douce chaleur se répandit dans tout mon corps, je ressentis une vive sympathie pour mon jovial protecteur, et je me mis à rire sans raison.

Tout à coup l'orchestre joua de nouveau dans la salle de danse, et tout le monde se leva de table. Mon amitié pour le grand jeune homme en resta là; il retourna auprès des grandes personnes, et, comme je ne pouvais pas le suivre, je me rapprochai de Mme Valakine, très curieux d'entendre ce qu'elle disait à sa fille.

Sonitchka implorait d'une voix suppliante:

«Encore une demi-heure!

—Impossible, je t'assure, mon ange.

—Pour me faire plaisir, je t'en prie, continuait la jeune fille en caressant sa mère.

—Mais seras-tu contente demain si j'ai mal à la tête? demanda Mme Valakine sans pouvoir réprimer un sourire imprudent.

—Tu permets! tu permets, nous resterons! s'écria Sonitchka en sautant de joie.

—Que faire avec toi? Eh bien! va, dansez ... voici un cavalier tout trouvé,» ajouta-t-elle en me désignant.

Sonitchka me donna la main, et nous courûmes dans la salle.