Et Nathalia Savichna inclina la tête et se tut. Elle saisit son châle pour essuyer les larmes qui coulaient de ses yeux; puis, elle se leva, et, me regardant droit dans les yeux, elle me dit d'une voix tremblante d'émotion:

«Le Seigneur, par cette mort, m'a rapprochée de lui de bien des degrés.... Que me reste-t-il à faire ici-bas? Pour qui vivrais-je? Qui aimerais-je?

—Et nous? est-ce que vous ne nous aimez pas? lui demandai-je d'un ton de reproche, en retenant difficilement mes larmes.

—Dieu sait combien je vous aime, mes chéris; mais je n'ai jamais aimé personne comme je l'ai aimée, et je ne peux plus aimer ainsi....»

La voix lui manqua, et elle se détourna de moi pour sangloter tout haut.

Je ne songeais plus à dormir; nous pleurions sans parler et serrés l'un contre l'autre.

Tout à coup Foka entra dans la chambre; en nous voyant ensemble il s'arrêta sur le seuil de la porte, de crainte de nous déranger, et nous regarda en silence et d'un air timide.

«Qu'est-ce que tu viens demander, cher Foka? demanda Nathalia Savichna en essuyant ses larmes dans son châle.

—Une livre et demie de raisins, répondit le vieux serviteur, quatre livres de sucre et trois livres de riz pour faire le koutia (une sorte de gâteau qu'on mange après l'office des morts).

—Tout de suite, tout de suite, petit père!» dit Nathalia Savichna.