Il me semblait involontairement que là, quelque part, il y avait ce quelqu'un, qui s'amusait maintenant à me regarder!

J'avais vécu trente ou quarante ans en apprenant, en me développant, en grandissant de corps et d'esprit, et maintenant que je m'étais tout à fait fortifié l'esprit, que j'étais arrivé au sommet de la vie, à ce point, où elle s'ouvre entièrement, je me tenais comme un crétin sur ce sommet, comprenant clairement qu'il n'y avait rien dans la vie, qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais rien.

—Et lui de se moquer de moi!

Mais s'il est ou s'il n'est pas ce quelqu'un qui se moque de moi, cela ne me soulage pas.

Je ne pouvais donner aucun sens raisonnable à aucune action de ma vie.

Je m'étonnais seulement comment j'avais pu ne pas comprendre cela dès le commencement.

Tout cela, me disais-je, est depuis si longtemps connu de tout le monde! Si ce n'est aujourd'hui, ce sera demain que viendront les maladies, la mort,—et elles sont déjà venues,—pour les personnes aimées, pour moi, et il ne restera rien, excepté la pourriture et les vers. Mes actions, quelles qu'elles soient, seront oubliées tôt ou tard et moi je ne serai plus. Pourquoi donc prendre du souci? Comment l'homme peut-il ne pas voir cela et vivre, voilà ce qui est étonnant. On peut vivre seulement pendant qu'on est ivre de la vie; mais lorsqu'on se dégrise, on ne peut pas ne pas voir que tout cela n'est qu'une supercherie et une supercherie stupide. Ce qui est déjà bien vrai, c'est qu'il n'y a même rien de risible ou d'ingénieux en cela; ce n'est que cruel et stupide, tout simplement.

La fable orientale du voyageur surpris dans le désert par un animal furieux, est bien vieille.