3° Je commençais à comprendre que, dans les réponses données par la foi, gisait une profonde sagesse humaine, que je n'avais pas le droit de nier ces réponses, en me basant sur la raison, et qu'enfin ces réponses capitales étaient les seules qui répondissent à la question de la vie.


[X]

Je comprenais cela, mais cela ne me soulageait pas.

J'étais prêt à recevoir maintenant toute croyance, à la condition qu'elle n'exigerait pas de moi la négation directe de la raison, ce qui aurait été un mensonge. Et j'étudiai le bouddhisme et le mahométisme, d'après leurs livres, et surtout le christianisme par les livres aussi bien que par les hommes vivants qui m'entouraient.

Je m'adressai naturellement aux hommes croyants de mon entourage et surtout aux personnes instruites, aux théologiens grecs du nouveau mode et même aux nouveaux chrétiens, ceux qui confessent le salut par la croyance à la Rédemption. Et je m'attachai à ces croyants et je leur demandai comment ils croyaient et en quoi ils voyaient le sens de la vie.

Malgré toutes les concessions possibles que je faisais, toutes les discussions que j'évitais, je ne pus partager la foi de ces gens,—je voyais que ce qu'ils faisaient passer pour la foi, n'était pas l'explication, mais l'obscurcissement du sens de la vie, et qu'eux-mêmes n'affirmaient pas la foi pour répondre à cette question de la vie qui m'avait amené à la foi; s'ils croyaient, c'était dans un but qui m'était étranger.

Je me rappelle le douloureux sentiment de terreur que j'éprouvai à la suite de mes rapports avec ces personnes, la terreur de retourner au désespoir après l'espérance que j'avais eue.

Plus ils m'exposaient en détail leur enseignement de la foi, plus clairement je voyais leur erreur et plus je sentais se perdre mon espoir de trouver dans leur foi une explication au sens de la vie.