DEMETRIE.

Et ces armes pourtant ne le tesmoignent pas.

OCTAVE.

O Dieux! seroit-il vray qu'il ne fut plus en vie?

ANTHOINE.

Par un discours plus clair contentez nostre envie.

DEMETRIE.

Qui considerera mon Estat & mon sort,
Il pourra bien juger que ce grand homme est mort;
Tandis qu'il a vescu j'eusse creu faire un crime
De donner qu'à luy seul mon coeur & mon estime,
Au lieu qu'en cét estat je vien vous reverer,
Comme des Rois vainqueurs que tout doit adorer.
Un bon coeur que les Dieux ont rangé sous un Maistre,
S'il ne le suit partout, s'acquiert le nom de traistre:
Mais alors que la mort en a fait son butin,
S'il a du jugement il change de destin.
Pendant que les Romains sous un guerrier si brave
Se defendoient des noms de captif & d'esclave,
Je croyois que bien-tost cedans à nostre loy,
Vous démordriez de ceux d'Empereur & de Roy;
Je pensois que jamais la puissance de Rome
Ne se devoit ranger aux volontez d'un homme,
Et qu'on verroit bien-tost ses plus grands ennemis
Faire hommage à la main qui les auroit sousmis:
Mais depuis qu'il est mort, je croy que tout se bande
A rendre tous les jours vostre gloire plus grande,
Et que dans peu de temps les peuples esbahis
Viendront dessous vos loix asservir leur païs;
Moy pour ne pas troubler dans ces metamorphoses,
Cét ordre merveilleux que prennent toutes choses,
Sçachant qu'on ne le peut sans estre criminel,
Je viens pour vous offrir un service eternel,
Trop heureux si je puis en faveur de ces armes
Obtenir une place au rang de vos Gendarmes.

OCTAVE.

Icy les gens d'honneur peuvent trouver un port
Qui les met à couvert des orages du sort.