C'est devant ce dessin, exposé rue de Penthièvre, dans «les salons de Couture» (c'est bien l'expression qui convient) de Mme Bougard, que Pablo Canouris, Elvire, Moïse Deléchelle, le fantaisiste sergent du Pont-Euxin, la jolie rousse Corail, écoutaient Anatole de Saintariste leur dire les réflexions qui lui venaient en contemplant ce chef-d'œuvre.
«J'en suis touché à l'extrême, disait-il, car rien ne m'émeut comme de découvrir les traces de ce qui se prépare de grand dans les âmes de mes compatriotes.
«Il faut faire place nette pour une nouvelle France à la fois jalouse de ses traditions et extrêmement audacieuse dans ce qui concerne le progrès. C'est pourquoi les ruines m'émeuvent à la façon dont elles peuvent émouvoir dans ce dessin: j'aperçois déjà ce qui les remplacera. Et les morts, pour émouvantes qu'elles soient, évoquent pour moi le prochain repeuplement de la France. Il faut que dans cinquante ans elle soit devenue une nation de cent millions d'habitants.
«Instituez le mormonisme, réplique l'Ovide d'imitation, et que chaque homme fasse des enfants à plusieurs femmes.»
Et Pablo Canouris disait à Elvire:
«Du moment que Nicolas est parti et que tu es ma maîtresse, il n'y a plus de raison que tu restes chez lui. Viens chez moi.»
Mais Elvire, dont les yeux pétillaient de malice, pensait que son amie Mavise l'attendait chez elle et, tout en serrant le bras de Pablo Canouris, elle pensait à des caresses d'une douceur infinie, non celles qu'elle aurait pu recevoir, mais bien les caresses qu'elle savait donner et qui ne pouvaient toucher qu'un cœur de femme.
On revint à pied vers Montparnasse en chantant:
C'est la fille à la Fatma,
Qui habite à la Casbah