Au fond de l'Algérie

Elle n'est pas jolie, jolie,

Mais dans tout le pays

Tous les sidis l'envient.

Et l'on ne s'arrêta qu'un instant devant une de ces anciennes constructions de bois qui depuis si longtemps déjà marquent l'emplacement d'un chantier du Métro ou du Nord-Sud pour écouter cette histoire que raconta Moïse Deléchelle, après avoir caressé tendrement le cou de l'Ovide de contrefaçon:

«On pense généralement, dit Moïse, en imitant à ravir le ton prétentieux des professeurs mondains, leur mine et leurs gestes, on pense généralement que les Anglais sont les gens les plus flegmatiques du monde. C'est une erreur et l'histoire authentique suivante, dont on n'a point parlé, bien qu'elle soit extraordinaire, montre assez que certains Français et même des Parisiens rendraient des points aux insulaires les plus froids.

«Le 1er janvier 1907, à dix heures du matin, M. Ludovic Pandevin, mon oncle, puisqu'il a épousé la sœur de ma mère, mais qui est aussi un riche négociant du Sentier, étant sorti de son opulente demeure située avenue du Bois de Boulogne, prenait un fiacre, près de l'Etoile.

«—A la gare Saint-Lazare, grandes lignes, dit-il au cocher, et un peu vite, je dois prendre le train du Havre.

«M. Pandevin allait à New-York pour affaires et n'emportait qu'une petite valise. L'heure pressait et le fiacre arriva à la gare quelques minutes à peine avant le temps indiqué sur l'horaire pour le départ du train.

«M. Pandevin tendit au cocher un billet de mille francs, mais l'automédon n'avait pas de monnaie.