«—Attendez-moi, dit le négociant, donnez-moi votre numéro, je vais revenir.»
«Il laissa sa valise dans la voiture et alla prendre son billet. Mais voyant alors qu'il s'en fallait d'une minute que le temps indiqué sur l'horaire pour le départ du train fût accompli, M. Pandevin pensa:
«—Ce cocher a ma valise et des papiers qui après tout ne me sont pas indispensables. Il attendra, trouvera mon adresse sur la valise et se fera payer chez moi.»
«Et il s'en fut prendre son train qui ne partit que deux heures plus tard, car il y a belle lurette que les horaires ne sont plus respectés. Au Havre, il prit le bateau pour l'Amérique et ne pensa plus au cocher.
«Celui-ci attendit patiemment son client et se dit au bout de vingt minutes: «Ce n'est plus à la course, c'est à l'heure.»
«Puis il se remit à attendre philosophiquement.
«A midi, il se fit apporter à déjeuner par un camelot, descendit pour manger et, de crainte que l'on emportât sa valise, la serra dans son coffre sous le siège. Le soir il dîna comme il avait déjeuné, donna le picotin à son cheval et continua d'attendre jusqu'au dernier train, après minuit.
«Alors il secoua les rênes sur cocotte et sortit de la cour du Havre sans témoigner d'humeur ni d'impatience.
«Il s'arrêta devant le chantier du Nord-Sud qui s'élevait à cette époque devant la gare Saint-Lazare, descendit de son siège et ouvrit la porte de cette singulière construction de bois que les Parisiens ont admirée pendant de longues années et dont les nombreuses répliques ornent encore certains points privilégiés de la capitale. Prenant son cheval par la bride, le cocher dont je parle et duquel il est juste que la postérité connaisse le nom, Evariste Roudiol, propriétaire d'un hongre et de la voiture de place no 20364, remisa le tout dans le chantier couvert qui, somme toute, constituait une demeure assez confortable et située en plein centre de Paris. Il y avait là de la paille dont il fit litière pour son cheval qu'il détela et lui-même dormit commodément dans la voiture, bien enveloppé de couvertures, quoique la nuit, malgré la saison, ne fut pas trop froide.
«A cinq heures il fut sur pied, battit la semelle, agita ses bras horizontalement et vigoureusement pour se réchauffer, attela, et laissa l'équipage dans le chantier couvert, car un fiacre ne peut entrer dans la cour du Havre s'il n'a point de voyageurs.