Près du laurier est un banc, et c'est là que, chaque matin, la jeune et jolie princesse Lydie Charbatzky, vient lire ou songer.

Son père et ses trois frères sont soldats. C'est à eux qu'elle songe et aussi à toutes les femmes qui ont des êtres chers à la guerre.

C'est ainsi qu'un matin, pensant à tout cela, elle tendit machinalement la main vers le beau laurier et en cueillit une branche qu'elle porta à ses lèvres. Et, l'ayant baisée, elle la jeta au vent en disant:

«Petite branche de laurier, je te dédie à celui qui ramènera ceux que nous aimons, au grand soldat tacite qui modestement prépare la victoire!»

Et la jolie princesse Lydie jeta la branche de laurier au vent qui soufflait vers l'ouest.

Et le vent emporta la branche aromatique sur une route où passait un officier blessé qui, après guérison, se rendait à une gare pour regagner le front.

Il vit tomber la branche à ses pieds:

«Une branche de laurier, se dit-il, c'est de bon augure.»

Il la ramassa aussitôt et la piqua allègrement à sa casquette.

Le laurier était en effet un excellent présage car, dès son arrivée au front, l'officier eut à mener ses hommes à l'assaut d'un retranchement, d'où il ramena un grand nombre de prisonniers et du matériel de guerre, ce qui lui valut d'être décoré et promu à un grade supérieur.