Mais pendant l'assaut, le vent qui soufflait fort avait emporté la branche de laurier au delà des lignes allemandes et, comme un oiseau blessé, elle s'abattit sur les genoux d'un journaliste américain qui, assis sur une borne, écrivait sur un bloc-notes un article destiné au grand journal de New-York dont il était le correspondant:

«Une branche de laurier, se dit celui-ci, voilà un noble souvenir de la guerre, je l'emporterai en Amérique.»

Et il en empanacha son feutre.

A quelque temps de là, le journaliste américain, ayant suffisamment visité le front oriental, s'en alla sur celui d'occident. Mais, en passant par Lille, il rencontra un convoi de jeunes filles et de femmes françaises que les Allemands arrachaient à leur foyer pour les mener travailler loin de chez elles. Et il fut si touché de ce spectacle qu'il tendit à l'une d'elles la branche de laurier qu'il détacha de son chapeau.

La jeune fille le remercia. Mais, lorsqu'il eut tourné le dos, l'officier allemand qui conduisait le cortège se précipita sur la jeune fille et lui arracha la branche de laurier. Cependant il lui en resta une feuille qu'elle mit sur son cœur.

A ce moment passa un aviateur allemand que connaissait l'officier:

«Tiens, Fritz, dit celui-ci, voici une branche de laurier. Tu la mérites, garde-la. Mais examine bien la tige pour voir si elle ne contient aucun billet. C'est un journaliste neutre qui a donné cette branche de laurier à une de mes prisonnières et avec les neutres on ne sait jamais; ils finissent toujours par sortir de leur neutralité.»

Fritz prit la branche de laurier, l'examina, s'assura si elle ne contenait rien de suspect et enfin l'arbora fièrement à son béret.

A sa première sortie, quelques jours plus tard, il s'en fut survoler les lignes françaises et les dépassa, s'efforçant de recueillir le plus de renseignements possible.

Tout à coup parut un appareil français qui lui donna la chasse, le rejoignit et, modernes chevaliers, ils se mesurèrent en combat singulier, entre ciel et terre, à coups de mitrailleuses.