Un canonnier de la batterie à laquelle j'ai appartenu reçut un jour de son frère, marin qui mourut plus tard à Athènes, ces nouvelles qui, à l'époque, m'enchantèrent.

Quand le navire amiral fut en vue du Détroit, une barque, gouvernée par un vieux marinier qui ressemblait à Poseidon, fit signe qu'elle désirait accoster. On laissa venir et une vieillarde brandissant un feuillard de laurier escalada la coupée et réclama les honneurs.

Elle dit ensuite au matelot de Ploërmel qui lui taillait une basane pour réponse, qu'elle voulait parler au Chef, qu'elle se nommait μελνορηρα ou Tête Noire, encore qu'elle fût blanche; qu'elle avait voyagé à Claros, Samos, Délos et Delphes, et qu'elle connaissait la passe de Troie. A la seconde basane, elle remit une enveloppe et redescendit avec dignité. Le matelot porta le pli à l'Amiral qui en tira une feuille de laurier sur laquelle étaient tracés ces alexandrins énigmatiques:

Fils d'Ulysse, ô nocher Boué de Lapeyrière,

Si le Turc est vaincu, le Grec sera derrière.

Le premier mouvement de l'Amiral fut de jeter cette feuille de laurier, dont l'inscription lui parut futile, et de punir l'importun tailleur de basanes, ce qui lui donna le temps de la réflexion. Le second mouvement fut donc de regarder l'enveloppe, laquelle portait à gauche en lettres rouges: Trou de la Sybille. C'était l'Hellespontienne.

Et la flotte a retenu les deux vers sybillins qui présagent la Victoire en dépit de Constantin et de son épouse, les matelots se les renvoient d'un bord à l'autre, comme les compagnies de débarquement les chantaient pendant la charge.

Bref, il y eut la marche d'Austerlitz: on va leur percer le flanc, rantanplan tire lire; celle d'Iéna: j'aime l'oignon frit à l'huile, j'aime l'oignon quand il est bon; celle des combats au Maroc: Ah! qu'ils sont bons quand ils sont cuits, les macaronis, les macaronis.

Il y a déjà la marche de Tsarigrade: Si le Turc est vaincu, le Grec sera derrière, qui fera pendant aux vers célèbres trouvés dans ma mémoire, mais avec une prosodie incertaine et dont l'auteur m'échappe:

Illacrymabuntur Constantinopolitani