Au château de Maraña.—Le vieux tableau.—Un singulier office.—L'apparition.—L'enterrement.—Évanoui.—La conversion.—Mort de Teresa.—Le dernier duel.—La pénitence.
Les deux ou trois jours qu'il avait à attendre, Don Juan les passa au château de Maraña. C'était là qu'il avait grandi. Depuis son retour à Séville, perdu dans les fêtes, il n'avait jamais éprouvé le besoin de revenir dans l'austère château de ses pères.
Il y arriva à la nuit tombante et après un bon souper se mit au lit. Il parcourut quelques pages d'un livre de contes libertins, puis se souleva pour éteindre sa chandelle.
... Mais soudain ses yeux rencontrèrent le tableau des Supplices du Purgatoire que sa mère lui expliquait en son enfance. Il revit l'homme dont le feu brûlait les membres et dont un serpent dévorait les entrailles. Et cet homme avait les traits du capitaine Gomare...
Il souffla la lumière, mais toute la nuit des songes le tourmentèrent. Les âmes du purgatoire, allongées, émaciées, continuaient de se tordre devant lui.
Il se leva au petit jour, inquiet. Il passa la matinée à rôder dans le vieux château dont chaque salle, chaque meuble lui rappelaient un souvenir de sa paisible enfance. Et il songea, pour la première fois peut-être, à la mort de ses vieux parents...
Le samedi soir, Juan, de retour à Séville, se rendit au couvent. La nuit était tombée; en passant devant la chapelle, il aperçut des lumières. «L'office dure encore à cette heure, se dit-il. C'est bizarre.» Et il entra pour passer le temps.
Dans l'église, un spectacle singulier l'attendait. Une procession faisait lentement le tour du chœur. Deux longues files de pénitents en capuchon se rangeaient autour d'une bière couverte de velours noir et portée par plusieurs figures habillées à la mode antique, la barbe blanche et l'épée au côté. Le convoi avançait lentement et gravement. On n'entendait pas le bruit des pas sur le carreau de l'église. On eût dit que chaque figure glissait plutôt qu'elle ne marchait. Les plis longs et roides des robes et des manteaux paraissaient aussi immobiles que les vêtements de marbre des statues.
Don Juan, étonné, se dit que la cérémonie revêtait dans ces couvents un caractère particulièrement lugubre. Il voulut s'en aller, quoique les nonnes fussent toujours, à ce qu'il lui semblait, derrière leurs grillages. Auparavant il se permit d'arrêter par la manche un des pénitents qui portaient des cierges et lui demanda poliment quel était le personnage qu'on enterrait.