JULIA

La famille de Don Juan: Don José, Doña Inès.—Un turbulent marmot.—Mort inopinée de Don José.—Éducation morale de Juan.—Sa précocité.—Son adolescence.—Julia, la belle sang-mêlé.—Son vieux mari.—Amours d'Inès et d'Alfonso.—Julia auprès de Don Juan: premières caresses.—Vaines résistances.—Tristesse de Don Juan.—Dans le berceau fleuri.—Dangers du crépuscule.—Initiation de Don Juan.—Dans le lit de Julia.—L'arrivée du mari.—La ruse de Julia.—Confession d'Alfonso.—La cachette de Don Juan.—Dans le cabinet noir.—Les deux époux.—Les souliers révélateurs.—Fuite de Don Juan.—Combat à l'épée et au poing.—Dans la nuit sévillane.—Le scandale.—Don Juan s'embarque.—La lettre de Julia.

Don Juan était né à Séville, cité agréable, célèbre par ses oranges et ses femmes. Il faut plaindre celui qui ne l'a point vue: Cadix seule peut lui être comparée. Ses parents habitaient sur les bords du noble fleuve qui a nom Guadalquivir.

Son père était Don José, véritable hidalgo, sans une goutte de sang israélite ou maure dans les veines; son origine remontait aux plus gothiques gentilshommes de l'Espagne; il passait pour un cavalier accompli.

Sa mère possédait une merveilleuse instruction. Toutes les sciences qui ont un nom dans la chrétienté, elle les possédait; ses vertus n'avaient d'égal que son esprit.

Elle savait par cœur tout Calderon et la plus grande partie de Lope, et si un acteur venait à oublier son rôle, elle pouvait lui servir de souffleur. Une mémoire incomparable ornait le cerveau de Doña Inès.

Les mathématiques étaient sa science préférée; la magnanimité, sa vertu la plus noble; son esprit, de l'attique pur; dans ses discours sérieux elle portait l'obscurité jusqu'au sublime. Enfin elle était en toutes choses ce que l'on peut appeler un prodige: le matin elle se vêtait d'une robe de basin, de soie le soir, de mousseline l'hiver, et d'autres étoffes qu'il serait trop long d'énumérer.

Elle savait le latin, plus exactement l'oraison dominicale; en fait de grec, elle connaissait l'alphabet; elle lisait de-ci de-là quelques romans français... En général sa parole s'environnait de mystère, comme si le mystère eût dû l'ennoblir.

Elle avait encore quelque goût pour l'anglais et l'hébreu et trouvait de l'analogie entre ces deux langues: elle le prouvait par certaines citations des textes sacrés. Elle était un cours académique vivant; dans ses yeux il y avait un sermon, sur son front une homélie; elle était pour elle-même sur tous cas un directeur expert.

C'était enfin une arithmétique ambulante et la morale personnifiée. Elle laissait aux autres femmes les défauts de son sexe; elle n'en avait pas un seul. N'est-ce point le pire de tous?