Elle était tellement supérieure à toutes les tentations de l'esprit malin que son ange gardien avait fini par abandonner son poste.

Ses moindres mouvements étaient aussi réguliers que ceux d'une pendule.

Elle était, somme toute, parfaite, mais, hélas! la perfection est insipide dans ce monde pervers, puisque nos parents ne durent leur premier baiser qu'à la perte du paradis de paix, d'innocence et de félicité (à quoi pouvaient-ils bien employer les douze heures de la journée?). Pour ce motif, Don José allait cueillant des fruits divers sans la permission de sa moitié.

C'était un mortel d'un caractère insouciant, sans goût pour les sciences et les savants; il prenait souvent cependant querelle avec sa femme. À ce moment, ils avaient l'un et l'autre le diable au corps. Et celui qui fût intervenu eût risqué de recevoir à l'improviste, dans l'escalier du jeune Don Juan, un seau d'ordures ménagères sur la tête.

C'était un petit frisé, franc vaurien depuis sa venue au monde, véritable singe malfaisant. Ses parents raffolaient de ce turbulent marmot. C'était le seul point sur lequel ils fussent d'accord. N'eussent-ils pas mieux fait de l'envoyer à l'école ou de le fouetter d'importance à la maison, afin de lui apprendre à vivre?


Don José et Doña Inès, qui gardaient le souci des convenances, se souhaitaient la mort plutôt que le divorce. Cependant il vint un jour où le feu cessa de couver.

Inès tenta sans succès de faire passer son digne époux pour fou, puis elle tint un journal de ses fautes, surveilla ses actes, ouvrit sa correspondance. Leurs parents cherchèrent à les réconcilier, mais, ainsi qu'il est d'usage en pareil cas, ne firent qu'empirer l'affaire. Les avocats se multipliaient afin d'obtenir le divorce, mais à peine avaient-ils été payés de quelques frais préliminaires que Don José vint à mourir.

Il mourut, et la plus belle des causes ne fut pas plaidée. Sa maison fut vendue, ses valets renvoyés, un juif prit une de ses maîtresses, un prêtre l'autre. Il mourut, laissant sa femme en proie à la haine la plus violente.

Il était mort intestat. Don Juan fut donc l'unique héritier d'un procès, de plusieurs fermes et terres. Inès devint sa tutrice.