Puis on n'entendit plus rien, sauf le mugissement des vents et le brisement des vagues inexorables.


Ceux qui purent s'éloigner du navire étaient neuf dans le cutter et trente dans la chaloupe.

Tous les autres, de l'équipage et des passagers, avaient péri: deux cents âmes avaient pris congé de leurs corps.

Juan prit place dans la chaloupe et réussit à y faire entrer Pedrillo. Un de ses valets, Battista, était mort pour avoir bu trop d'eau-de-vie. Quant à Pedro, étant ivre également, il fit un faux pas, tomba à l'eau et se noya. Juan fut heureux de pouvoir sauver son épagneul, un brave animal qu'il tenait de son père.

Il avait eu soin d'emplir d'argent ses poches et celles de Pedrillo.

Pendant la nuit, un coup de vent retourna le petit cutter qui disparut avec ses neuf passagers.

Grelottant sous le frisson glacial, ceux de la chaloupe virent au lendemain matin se lever un soleil rouge et enflammé, pronostic certain de la continuation de la tempête. Ils se partagèrent avec parcimonie les rations de biscuit et d'eau.

Un désir ardent, surhumain, de vivre tenait les plus faibles de ces malheureux. Et ils résistaient comme des rocs aux assauts de la tempête.