En même temps s'était levé son illustre époux, sublime possesseur de trente royaumes et d'une femme dont il était abhorré. Il n'en prenait pas à l'ordinaire grand souci. Il aimait avoir sous la main une jolie femme, comme un autre un éventail. C'est pourquoi il avait une abondante provision de Circassiennes pour s'amuser au sortir du divan. Cependant il s'était épris des beautés de son épouse.

Après les ablutions ordinaires, les prières et autres évolutions pieuses, il but six tasses de café pour le moins, puis se retira pour savoir des nouvelles des Russes dont les victoires s'étaient récemment multipliées sous le règne de Catherine, cette femme proclamée à l'unisson la plus grande des souveraines et des catins.


Gulbeyaz soupira de son départ, puis se retira dans son boudoir, lieu propice au déjeuner et à l'amour. La nacre de perles, le porphyre et le marbre décoraient à l'envi ce somptueux séjour. Des vitraux peints coloraient de diverses nuances les rayons du jour.

C'est dans ce lieu qu'elle fit venir Baba pour l'interroger sur ce qu'il était advenu de Don Juan, où et comment il avait passé la nuit.

Baba répondit péniblement à ce long catéchisme. Il se grattait l'oreille, signe d'un embarras certain.

Gulbeyaz n'était pas un modèle de patience. Quand elle vit Baba hésiter dans ses réponses, elle l'embarrassa par des questions plus pressées. Les paroles de Baba devinrent de plus en plus décousues; alors son visage commença à s'enflammer, ses yeux à étinceler, et les veines d'azur de son front superbe se gonflèrent de courroux.

Baba expliqua comment la «mère des vierges» avait pris soin de tout et ne cacha point dans quel lit Juana avait couché. Il évita simplement de parler du rêve de Dondon.

Mais c'est en vain qu'il laissa discrètement ce fait derrière la toile. Les joues de Gulbeyaz prirent une teinte cendrée, ses oreilles bourdonnèrent, elle se sentit entrer en une petite agonie.

À la longue, elle se ressaisit: