«Esclave, dit-elle à Baba, amène les deux esclaves.»

Le nègre feignit de ne pas avoir bien compris et supplia sa maîtresse de lui préciser de quels esclaves il s'agissait, dans la crainte d'une erreur.

«La Géorgienne et son amant! répondit l'impériale épouse. Et que le bateau soit prêt du côté de la porte secrète du sérail! Tu sais le reste.»

Elle parut prononcer ces dernières paroles avec effort, en dépit de son farouche orgueil. Baba ne fut point sans le remarquer et crut pouvoir la conjurer, par tous les poils de la barbe de Mahomet, de révoquer l'ordre qu'il venait d'entendre.

«Entendu, c'est obéi, dit-il; néanmoins, sultane, daignez songer aux conséquences. Tant de précipitation peut avoir des suites funestes, même aux dépens de Votre Majesté. Je ne veux point parler ici de votre position critique, de votre ruine au cas d'une découverte prématurée...

«Mais de vos propres sentiments. Lors même que ce secret resterait enfoui sous ces flots qui gardent déjà un certain nombre de cœurs palpitants d'amour, si vous aimez ce jeune homme, vous ne vous guérirez pas, excusez la liberté, en lui ôtant la vie...

—Que connais-tu de l'amour et des sentiments? Misérable! Va-t'en! s'écria-t-elle les yeux enflammés de colère. Va-t'en et exécute mes ordres!»

Baba disparut sans pousser plus loin ses remontrances. Il tenait à la tête des autres, mais beaucoup plus à la sienne propre.

Il grommela simplement contre les femmes de toutes conditions, mais surtout les sultanes et leur manière d'agir, leur obstination, leur orgueil, leur indécision, leur manie de changer d'opinion, leur immoralité, toutes choses qui lui faisaient chaque jour bénir sa neutralité.

Puis il fit prévenir le jeune couple de se parer sans délai, de se peigner avec le plus grand soin et de se préparer à paraître devant l'impératrice qui désirait leur prouver sa sollicitude.