—Mais chez moi, parbleu, répliquai-je d'un ton impatienté; vous n'avez point changé... toujours aussi mystérieux!... Au fait, cela fait sans doute partie de votre récit. Eh bien! où êtes-vous?
—Je suis, me répondit-il, depuis près de trois mois, en Australie, dans une petite localité du Queensland, et je m'y trouve fort bien; toutefois, je ne tarderai pas à m'embarquer pour le vieux Monde, où m'appellent des affaires importantes.
Je le regardai un peu effrayé.
—Vous m'étonnez, lui dis-je, cependant vous m'avez habitué à tant de bizarreries, que je veux bien croire ce que vous me dites, mais je vous supplie de me l'expliquer. Vous êtes chez moi et vous prétendez être dans le Queensland en Australie; avouez que j'ai lieu de ne pas comprendre.
Il sourit encore et continua:
—Certes, je suis en Australie, ce qui ne vous empêche point de me voir chez vous, de même qu'on me voit en cet instant à Rome, à Berlin, à Livourne, à Prague, et dans un si grand nombre de villes que l'énumération en serait fastid...
—Vous! m'écriai-je, en l'interrompant, vous seriez Aldavid?
—Lui-même, répliqua le baron d'Ormesan, et j'espère qu'à présent vous ne douterez plus de mes paroles.
J'allai à lui, je le tâtai, le regardai, il était bien là, appuyé devant moi à la muraille, aucun doute n'était possible. Je m'assis dans un fauteuil et contemplai avidement cet homme surprenant qui, plusieurs fois condamné pour vol, auteur impuni d'assassinats retentissants, était aussi, et de manière indéniable, le plus miraculeux des mortels. Je n'osai rien dire et il rompit enfin le silence.
—Oui, dit-il, je suis cet Aldavid, le Messie des prophéties, le prochain roi de Juda.