—Demain matin, peut-être.

—Où est ce méchant homme qui m'a emporté de la maison?

—Chut!

—Ici! gronda le Sauvage en s'approchant; ici, le méchant homme.

Alors Wontum ramena sa prisonnière au centre du camp. Tout espoir d'évasion était perdu; Manonie se résigna à prendre du repos.

Mais avant que le sommeil eut appesanti ses paupières, les échos profonds de la vallée envoyèrent à ses oreilles une sorte de rumeur plaintive et menaçante qui peu à peu devint une voix... Des paroles étranges planaient dans l'atmosphère sombre:

Pourquoi le sang du méchant n'a-t-il pas coulé?... Pourquoi la mort n'est-elle pas descendue sur lui?

Ainsi parlait la voix mystérieuse dont la brise nocturne emporta rapidement les derniers murmures.

Wontum l'entendit et se dressa en sursaut pour mieux écouter; mais tout était rentré dans le silence, le sauvage pût croire qu'il avait été le jouet d'une illusion.

Manonie, au contraire, crût reconnaître dans ces sons fugitifs l'accent d'une voix amie descendant du ciel pour la consoler. Elle ne se sentit plus aussi abandonnée, l'espoir revint dans son âme: un sommeil réconfortant vint clore ses paupières, et la nuit égrena une à une ses lentes heures sans qu'aucun incident nouveau se produisit.