CHAPITRE VI
AMIS

Le vieux John et Oakley, après avoir quitté le Fort, ou plutôt ses ruines, s'arrêtèrent pendant quelques instants, sur les bords du Laramie, pour se consulter au sujet de la direction à prendre, et des résolutions à former pour mener à bonne fin leur poursuite.

Oakley avait souvent rencontré Manonie pendant qu'elle demeurait au milieu des Sauvages, il lui avait conservé une paternelle affection.

Le vieux John, non-seulement ne l'avait jamais vue, mais encore, chose singulière, n'avait jamais entendu parler d'elle jusqu'au moment où le lieutenant Marshall était venu implorer son aide et ses bons conseils. Cependant jusqu'à l'époque de son mariage, Manonie avait vécu dans le voisinage du vieillard.

Décidément le vieux John était plus ermite encore qu'on ne pouvait le croire.

Les trois amis décidèrent que le meilleur parti à prendre serait de suivre la piste des Sauvages, et que, lorsque Wontum aurait été découvert, l'un des poursuivants resterait pour épier secrètement sa marche ainsi que la manière dont il traiterait sa captive, pendant que les deux autres courraient avertir les troupes régulières.

Oakley était fort adroit à suivre une piste; après un examen approfondi il jugea que le ravisseur ne marchait point séparé de sa bande, car aucun vestige isolé ne se montrait dans les bois.

Leur départ du Fort avait été si promptement effectué qu'ils n'avaient rien pu savoir de la rencontre entre les dragons et les Sauvages. Leur surprise fut donc grande lorsqu'ils aperçurent les piétinements de la cavalerie qui effaçaient entièrement les traces des Indiens. Sur le premier moment ils pensèrent que la bande Pawnie s'était détournée à l'approche des soldats pour ne pas être aperçue par eux, et pour éviter un engagement.

Après avoir rapidement marché pendant quelques heures, ils se trouvèrent inopinément sur le théâtre du combat. Ce fut pour Oakley un trait de lumière; d'autant mieux qu'en rôdant au travers des broussailles, il découvrit, soigneusement caché sous les branches, le cadavre du cheval que les Indiens avaient emmené du Fort, et qu'une décharge de mitraille avait tué.

Dès ce moment Oakley pût retracer avec une exactitude merveilleuse toutes les péripéties du sort de Manonie. A un chasseur de profession devenu aussi habile qu'un Indien à suivre une piste, il suffit d'un rien pour se maintenir dans la bonne voie: une branche rompue, une feuille déplacée, un brin de mousse froissé sont pour lui des indices clairs et infaillibles.