Ce fut ainsi que Oakley suivit pas à pas Wontum et Manonie, soit sur les rochers, soit sur le gazon, soit sur le sol humide des bois.
—Oh! s'écriait-il de temps en temps, voyez-moi donc les larges empreintes du gros vilain pied de ce Pawnie... Et ces petits mocassins de Manonie! de vraies pattes de biche! légère et forte, malgré son chagrin... courageuse enfant! elle suivait son fils. Ah! je connais quelque part une carabine qui parle bien, très-bien même, et qui voudrait dire un seul mot à ce Peau-Rouge maudit. Allons, mes amis, courage! ça va bien.
Lorsqu'ils arrivèrent au campement nocturne des Indiens, toute incertitude se dissipa; la bande des ravisseurs, sans chercher aucunement à cacher sa piste, avait pris la route qui conduisait directement aux Collines-Noires en suivant le Ruisseau du Daim.
Les choses étant ainsi éclaircies, on fit halte et la question fut agitée pour savoir qui retournerait en arrière afin d'avertir la garnison.
Il y eut discussion d'abord; car ni Oakley ni le vieux John ne voulaient reculer devant les dangers de la poursuite; chacun d'eux était emporté en avant par la même ardeur.
—Maintenant, ami John, dit Oakley, il s'agit de bien se comprendre et de ne pas se tromper. Que le bon Dieu vous bénisse! mais, je crois que vous vous connaissez en diableries indiennes, à peu près autant qu'un baby de deux mois. Vous êtes si mystique et si tranquille dans votre petit coin que vous avez sans doute oublié par quel bout on prend un mousquet; ma foi! je ne comprendrais pas, qu'à votre âge, vous fussiez tenté de courir aux méchantes aventures.
Le vieux John se mit à rire avec une bonhomie pleine de malice.
—Je ne suis peut-être pas aussi ignorant que vous le croyez de ce qui concerne les ruses sauvages. Il me semble que je saurais encore passablement suivre une piste et même jeter par terre un Peau-Rouge, s'il le fallait pour une juste cause.
—Bah! vraiment? Très-bien! je suppose que vous en seriez capable. Mais comment connaîtriez-vous leurs malices, vous qui, toujours enfermé dans votre cabane des montagnes, ne faites pas autre chose que lire dans vos livres? C'est comme je vous le dis, John; vos moyens de science vont aussi loin qu'une éducation par les livres peut mener, mais, à mon avis, le meilleur livre ne dit pas grand chose sur les Indiens. Vous avez peut-être trop peu étudié dans le grand livre qui se développe autour de nous.
A ces mots, Oakley montra d'un geste l'imposant paysage de la vallée; John inclina respectueusement sa tête vénérable.