—Vraiment! Vraiment!… vous êtes une bonne fille: que Dieu vous bénisse! assurément je m'attendais aussi bien à rencontrer défunte ma grand-mère qu'à vous voir ici. Où allez-vous?

—Au Détroit.

Le Forestier chercha à la sonder d'un regard scrutateur: mille pensées, mille questions inquiètes se passèrent dans son esprit: il ne put que balbutier au hasard:

—Où est Horace Johnson?

—Je n'en sais rien, répondit ingénûment la jeune fille; je ne l'aime pas, c'est un méchant: j'ai toujours cherché à l'éviter.

—Pourquoi cela? a-t-il cherché à vous faire du mal? Dans ce cas, vous avez raison. Qu'est devenu Balkblalk, cette canaille d'Ottawa?

—Il est mort; on l'a tué à Presqu'île, dit l'Indienne avec une expression douloureuse; c'était mon père.

—Ah! que me dites-vous là! pardonnez-moi ce que je viens de dire. Et… ce Johnson… était votre mari?

—Non certes! s'écria Mariami dont le beau et franc visage s'empourpra d'une vive rougeur: mais il aurait ambitionné de l'être. L'hiver dernier, Balkblalk, irrité de ce que je n'y voulais pas consentir, m'avait emmenée bien loin dans les bois pour m'y laisser mourir: vous m'avez sauvée.

Ces dernières paroles avaient une expression de reconnaissance et de naïve amitié. Veghte eut envie de pleurer et de sourire tout à la fois.