—Ce sera courir un grand risque, mon ami; mais, après tout, vous êtes en état de vous tirer d'affaire.

—C'est mon opinion.

Le Forestier était un homme de peu de paroles et de beaucoup d'action. Il sortit sur le champ, descendit sur le rivage sans être accompagné de personne, et, se jetant dans un canot toujours prêt en cas de besoin, partit hardiment pour son périlleux voyage.

En s'installant dans la barque, il jeta un coup d'œil en arrière et vit sur le bord un homme de haute stature qui paraissait le suivre du regard: la nuit l'empêcha de le reconnaître.

—C'est vous, Enseigne? demanda-t-il avec précaution.

—Oui. Allez vite! fut-il répondu.

La voix était celle d'un étranger, et Basil s'en aperçut fort bien: mais il n'était plus temps de reculer; le mieux était de feindre:

—Adieu! tout va bien! répliqua-t-il en ramant et disparaissant dans l'ombre.—Qui, diable! peut être ce gros géant…? se demanda-t-il en cheminant; je n'ai jamais entendu cette voix; il n'y a, au fort, personne qui ressemble à ce gaillard là.

CHAPITRE VIII
HASARDS DE L'EAU ET DE LA NUIT

Plus d'un vaillant soldat aurait hésité à entreprendre l'expédition où se risquait Basil Veghte: il y avait tout à craindre, l'eau et la terre. Les forêts environnantes fourmillaient d'ennemis; les ondes solitaires du lac Érié étaient sillonnées d'embarcations perfides qui venaient nocturnement croiser jusque sous les murs de Presqu'île.