Tout en naviguant au hasard, Basil réfléchissait, et déduisait ses conclusions. Il était presque certain que la barque suspecte était seule à rôder sur le lac et à croiser devant la côte. Ceux qui la montaient échangeaient des signaux avec quelqu'un au fort Presqu'île. Mais quels étaient les traîtres communiquant ainsi avec l'ennemi?
Naturellement Basil soupçonna Horace Johnson: mais un secret instinct lui disait que ce n'était pas là le seul homme dont il fallût se méfier: qu'il fallait chercher encore jusque dans l'entourage et l'intimité même de l'Enseigne Christie, pour découvrir le judas.
Ce qui le confirma dans cette opinion, ce fut l'hésitation et le silence de la sentinelle «Jim,» lorsque le commandant la questionna à ce sujet.—Il y avait bien un certain suédois, petit et grincheux, à manières louches et inconnues…
Bref, l'honnête Forestier se perdait dans ses conjectures, lorsqu'une lueur vacillante apparut au belvédère du fort; précisément là où il était quelques minutes auparavant avec Christie et la sentinelle.
Ce nouveau signal confondit l'imagination de Basil: il lui fut impossible de comprendre quelle relation avait cette lumière avec tout ce qui c'était passé; quelle main téméraire la mettait en évidence; et par quels moyens, surtout, on avait réussi à s'introduire en ce poste important toujours gardé par un factionnaire!
La lueur disparut comme un éclair, aussi brusquement que si on l'eût plongée dans l'eau: l'obscurité sembla devenir plus noire encore.
Cependant, une voix humaine qui poussait un grognement de satisfaction tout près de lui, le rappela aux affaires urgentes: il lança à la hâte un coup d'œil autour de lui: une forme sombre flottait sur l'eau à peu de distance de sa barque. La nuit était si profonde que cette apparition fut pour Basil comme un fantôme indécis et brumeux. Cependant, il ne put en douter, c'était l'embarcation ennemie à la recherche de laquelle il était.
Il se pencha pour être moins visible, fit avancer sa barque d'une brasse ou deux, et regarda par dessus le plat-bord.
L'embarcation était immobile, mais si rapprochée qu'on entendait ses rameurs parler ensemble à voix basse. Malheureusement pour l'oreille attentive de Basil, ils causaient en langue indienne: Basil aurait donné son bras droit pour les comprendre.
Il écouta longtemps, avec un dépit concentré, ce jargon inintelligible qui renfermait pour lui tant de secrets précieux. Mais un frisson de joie le saisit lorsqu'il entendit une voix nouvelle s'exprimer en français.