Les premières phrases lui échappèrent d'abord; car le bourdonnement du lac se mêlait à cette conversation intime, et sa grande voix murmurante écrasait les sons grêles sortis des bouches humaines.

Cependant Basil finit par saisir les phrases suivantes:

—Ça va trop mal! Les yengese (anglais) sont sur leurs gardes. Ils nous ont découverts.

—Alors nous ne pourrons attaquer cette nuit: c'est dommage; nous étions si bien préparés!

—Oh! non! il faut nous méfier: nous ne sommes pas en nombre suffisant pour attaquer des hommes sous les armes.

—Il n'a pas encore donné le signal: peut-être ne nous a-t-il pas encore aperçus.

Basil caressa l'eau de son aviron, le plus doucement possible, afin de se rapprocher encore un peu, pour entendre le nom du traître, si on le prononçait. Mais son attente fut déçue: une voix s'écria rudement.

—Pierre! n'est-ce pas un bateau qui rôde là dans l'ombre?

—Peut-être: Holà! ho! ahoy!

D'un adroit et vigoureux coup d'aviron, Basil fit glisser son canot à plus de trente pieds.