—Je vous crois: mais, dans mon idée, rien n'y fera si les vagues deviennent hautes: vous agiriez sagement en gagnant le bord.
Le gros Français eut un rire moqueur.
—Pas de ça! mon petit ami; je comprends pourquoi vous tiendriez à être à terre. Mais, ne vous gênez pas pour émettre vos idées: je prends un plaisir infini à vous entendre.
—Tu ne me comprends pas aussi bien que tu le crois, murmura intérieurement Basil.—Faites comme il vous plaira, ajouta-t-il à haute voix: cela m'est bien égal, vous pouvez croire.
—Oh! oh! pas tant que vous le dites: je m'entends.
—A mon avis, je sais manier un canot aussi bien que vous ou vos amis; eh bien! je ne me chargerais pas de maintenir cette embarcation à flot par un temps semblable.
—Vous pouvez avoir votre opinion, je… holà! hé!…
Cette exclamation était arrachée au gros Français par une lame monstrueuse, qui, en déferlant sur la barque, l'avait remplie d'eau jusqu'à hauteur des genoux.
Cet incident faillit le déconcerter; mais pour ne pas donner l'avantage à son prisonnier sur ce point, il se maîtrisa au point de rester impassible: seulement d'une voix sourde, il adressa vivement, à son compagnon, quelques paroles dans un langage que Veghte ne put comprendre.
Le Forestier put deviner, néanmoins, que le Français faisait des reproches au rameur sur sa manière de conduire le canot.