L'opération du barbier finie, on retira leurs vestes aux condamnés, pour les laisser en manches de chemise. Pour ôter la manche où était le bras cassé de Joë, il fallut couper l'étoffe et le vêtement se trouva ainsi fort détérioré.

—Il n'y a pas de mal! cria un des assistants; ce paletot ne lui servira plus!

Carnes se laissa tomber par terre et se répandit en lamentations désespérées.

—Lâche! lui dit Jim; je te fouetterai moi-même!

—Hurrah! bien parlé! cria la foule: ce garçon-là mérite un verre de gin.

—Oui, il faut qu'il se réchauffe un peu avant que son tour arrive!

—Gentlemen! répondit modestement Jim, je n'ai pas parlé ainsi par amour-propre; j'ai simplement dit ce que je pensais.

Carnes fut lié au poteau, le fouet fut remis à Jim, avec injonction de lui administrer quarante-neuf coups, frappés fort, à raison de deux par seconde.

Alors commença une scène épouvantable; cris de douleur, hurlements, blasphèmes, menaces, railleries féroces, grognements de la foule se succédèrent comme une pluie d'orage; ce fut une seconde édition de la tempête.

Carnes fut retiré du poteau, sanglant, évanoui, inerte: à sa place on mit son autre compagnon, Jim conservant ses fonctions temporaires de bourreau.