—De ce qu'il exauce le vœu le plus cher de mon cœur, en replaçant miss Alice sous une tutelle honorable et sûre.
Sir Deming se renversa sur sa chaise en riant toujours:
—J'entends, vous teniez énormément à la voir changer de propriétaire. Et,... continua le bon oncle en regardant curieusement la jeune fille,... miss Alice ne vous a pas encore fait connaître «ses motifs» peur refuser tout échange. Peut-être cette chère nièce est ambitieuse, et préférerait le vieux richard Français?
Alice devint rouge comme une cerise et baissa les yeux en silence. Mistress Wyman vint à son secours.
—Oh! que nenni, sir, elle n'avait pour lui aucune préférence, j'en réponds; ce n'était guère le chemin qu'elle aurait voulu prendre. Mais elle regardait l'obéissance aux ordres de son père comme une chose sacrée; elle a voulu s'y soumettre même après sa mort: Oui, sir, voilà la vérité.
—Chère et douce enfant! s'écria sir Deming en embrassant tendrement sa nièce, c'est bien! très-bien! ce que vous avez fait là. Votre sagesse et votre soumission vous ont gagné toute mon amitié,—car j'étais au courant de toutes vos petites affaires;—vous avez ainsi mérité de rentrer dans les bonnes grâces de votre famille et de partager le haut rang qu'elle occupe dans le monde.
Après quelques instants de silence le baronnet continua:
—Je vais vous dire, M. Allen, quels ont été les motifs, entièrement raisonnables et dignes d'éloges, pour lesquels cette jeune fille refusait de suivre vos conseils et de se rendre à vos instances, quoique ses propres désirs en fussent contrariés. Elle connaissait l'existence malheureuse de sa mère, et savait que toutes ses infortunes provenaient d'une première désobéissance aux vœux de ses parents. Sa mère (ma sœur) était la plus aimable et la plus charmante des femmes; mais un amour insensé la fit déchoir de sa haute position, en la poussant à une mésalliance secrète avec un jardinier! Une vie de misère et d'angoisses fut le fruit de cette faute qui désespéra sa famille et ses amis. Avant sa mort, elle donna à sa fille ses conseils suprêmes pour la mettre en garde contre les cruelles erreurs qui l'avaient perdue. De son lit de mort, ma sœur m'écrivit une longue lettre contenant sa douloureuse histoire, et me léguant le soin de l'orpheline. Depuis lors j'ai surveillé Alice inostensiblement; sa conduite sage et prudente m'a convaincu que si elle avait la beauté de sa mère elle, n'en avait pas les défauts. Oui, je suis content d'elle.—Dans mes bras! chère enfant; vous êtes ma fille d'adoption, et, comme je l'ai promis à votre pauvre mère, Dieu aidant, je vous rendrai heureuse comme vous le méritez!
Alice embrassa son oncle qui l'attirait à lui par un geste paternel: moins forte pour supporter le poids du bonheur qu'elle ne l'avait été pour soutenir celui de l'infortune, elle cacha sa tête dans les mains de cet excellent ami envoyé par la Providence, et pleura longuement en silence.
Lorsqu'elle fut remise de son émotion, le baronnet s'adressa à Allen: