—Je veux que vous restiez fidèle à votre femme indienne, Mallet!

—Très-bien! très-bien! réservez votre colère pour une autre occasion, Ka-Shaw. Mais n'ayez pas la prétention de me tenir éternellement en lisière: si j'ai des amis dans votre tribu, j'en ai aussi parmi mon peuple; voyons, soyez raisonnable, donnez-moi cet habit.

—Si Mallet veut l'avoir, qu'il le cherche, répondit la squaw, sur un ton amer, et sans bouger de la place où elle s'était assise par terre.

L'agent se leva et fouilla dans une armoire à côté de la cheminée. Finalement il trouva l'objet cherché, mais dans quel état! troué, déchiré, en haillons!

—Qu'est-ce que ça signifie? hurla-t-il en fureur.

La squaw, sans rien dire, le regarda d'un air diabolique.

—Ah! vieille louve! vociféra Mallet hors de lui; je te chasserai hors d'ici, sur l'heure!

Ka-Shaw, qui nourrissait une bonne petite vengeance à l'Indienne, bondit exaspérée, et, un couteau à la main, s'élança sur Mallet avec l'agilité d'un chat sauvage.

L'agent, pris au dépourvu, s'efforça de lui arracher son arme en la saisissant par les deux mains: mais la squaw, souple et forte comme tous ceux de sa race, avait pris le dessus; pesant sur lui de tout son corps, elle le renversa sur le lit, de façon à lui rendre la lutte impossible.

Heureusement, à cet instant critique, un employé du Comptoir survint et s'interposa en faveur de son patron. Ka-Shaw dut battre en retraite, et se retira, humble et repentante en apparence, mais la rage dans l'âme.