—Vous consulterez votre père, miss; peut-être ne sera-t-il pas aussi hostile à cette idée que vous le craignez, insista Mallet en la regardant avec une admiration visible: mais, si Newcome se décide à me confier l'agréable mission de veiller amicalement sur vous, quels autres amis voudriez-vous donc consulter?

—J'aimerais avoir l'avis de mistress Wyman, et... celui de M. Allen, répondit Alice en hésitant.

—Vraiment, c'est à moi d'être surpris, maintenant, miss Newcome! Je ne sache pas qu'il soit reçu ou même convenable que les jeunes filles consultent, sur leurs affaires, les jeunes gens de vingt-trois ou de vingt-quatre ans. Le jugement de M. Allen vous semble-t-il donc plus empreint de maturité que le mien?

Le ton demi-moqueur, demi-sévère, pris par le rusé Français, fit complétement perdre contenance à la jeune fille.

—Il a été si bon pour moi... balbutia-t-elle.

—Mais moi aussi, je ne demande pas mieux que d'être bon pour vous,... si vous voulez bien me le permettre, répartit vivement Mallet avec un sourire aigre-doux.

—Oh! sir, vous avez eu déjà bien des bontés pour moi, et je vous en suis très-reconnaissante. Tout le monde m'a comblé d'amitiés, bien au delà de mes mérites.

—Personne n'a rien fait de trop, mignonne rose de la prairie! Qui n'aimerait à cultiver et posséder une aussi charmante fleur que vous?—M. Allen est un garçon d'avenir, et qui donne des espérances, comme tous les jeunes gens: mais il n'est ni assez âgé, ni assez sage, ni assez riche, ni assez bien posé pour devenir le protecteur d'une charmante jeune lady comme vous.

—Et vous êtes tout cela?... demanda Alice avec une intention malicieuse.

—Mais, je pense que oui! Au surplus, afin de ne pas laisser à vos susceptibilités enfantines l'ombre d'un prétexte, je me charge de vous réconcilier avec votre père. Aurez-vous quelques bons sentiments pour moi, miss Alice, lorsque j'aurai accompli cette promesse?