Alice ne se sentit pas de joie lorsqu'elle fut en route, le bras au bras du jeune homme, allongeant ses petits pas pour les accorder avec sa démarche souple et agile.
Allen reprit, sans tergiverser, la conversation, au point où elle en était restée:
—Vous dites donc que vous ne vous laisserez pas envoyer en pension par ce Français, si je ne donne pas mon approbation à cet arrangement? demanda-t-il avec un léger accent de triomphe dans la voix.
—Je serais très-malheureuse si je faisais quelque chose contre votre gré.
—Vraiment! malgré l'assentiment de tous vos autres amis, vous craindriez de faire quelque chose qui me déplairait? J'en conclus que vous tenez mon avis en grande estime. Savez-vous bien, miss, que c'est pour moi un compliment flatteur.
—Je suis sûre que vous le méritez: ne m'avez-vous pas donné déjà les preuves de la plus sincère et de la plus prudente amitié? Je me sens fière et heureuse lorsque vous m'appelez «petite sœur.»
—Je voudrais ne plus vous donner ce nom, chère Alice, mais un autre qui me fournît la possibilité de mettre à distance ce chercheur de liaisons avec les jeunes filles. Enfin, si ce monsieur français voulait vous épouser après vous avoir tenue en pension un an ou deux que diriez-vous?
—Oh! M. Allen! comment pouvez-vous imaginer des choses aussi... aussi choquantes? s'écria la jeune fille avec un accent mutin, et se débattant pour retirer les mains qu'Allen tenait dans les siennes.
—C'est justement ce que je pensais, moi, répondit Allen avec un sourire; ce serait une indignité choquante de voir une fraîche et charmante enfant, comme vous, unie à ce vieux singe rabougri. Eh bien! croyez-moi, je parie qu'il tripote dans ce but odieux, et qu'il arrivera à se procurer le consentement de votre père.
—Comment admettre cela? Mon père, la veille du... malheur, me parlait de lui en fort mauvais termes, et me prévenait amèrement contre lui.