—Tout est changé pour votre père, maintenant; Mallet est riche, entreprenant; or les riches arrivent ordinairement à leurs fins, dans tout pays; Mallet y arrivera. Et maintenant, poursuivit Allen avec tendresse, que dirait «petite sœur» si Allen la demandait pour épouse?
Il s'arrêta, épiant avec un vif battement de cœur la réponse qu'il espérait lire sur le visage d'Alice.
Mais elle se détourna vers l'ombre, en baissant la tête sans rien dire.
Allen attendit quelques moments en silence; puis voyant que la jeune fille ne faisait aucun signe:
—Vous ne me répondez rien, chère, chère Alice! un mot, un seul mot me rendrait heureux: je ne puis supporter cette idée, qu'un vieillard odieux obtienne ce triomphe, et que votre père abusé, influencé, vous abandonne à un pareil homme! Il n'y a donc rien, dans votre cœur, qui s'indigne d'une pareille perspective? rien qui vous parle en ma faveur?
Le silence régna encore entre eux pendant quelques instants; enfin Alice répliqua d'une voix tremblante:
—M. Allen, je ne ferai jamais rien pour désobéir à mon père; non, je ne le dois pas.
—Ah! c'est que vous ne m'aimez pas! dit Allen sombrement.
—Mais si! M. Allen; je suis bien sûre que je vous aime, plus que personne au monde. Cependant je ne ferai jamais rien sans que mon père le sache et y consente. S'il m'envoie où M. Mallet le désire, j'irai, dût un pareil sacrifice me briser le cœur!
—Croyez-vous donc que votre père a le droit de vous sacrifier ainsi?