—Merci, je n'en ai pas envie. Je ne goûterai qu'à votre délicieux café; il est fort de mon goût.

—Ah! pauvre amie! je pensais que ces bonnes nouvelles vous auraient donné bon appétit, et c'est tout le contraire. Je veux savoir pourquoi vous ne mangez pas, chère; je ne comprends rien à votre trouble; est-ce que tout ça ne vous semble pas bon? je vous ferai autre chose si vous voulez.

—Vraiment vous me gâtez par trop, bonne mistress Wyman, répliqua Alice en essayant de sourire; tout le monde, ici, me choie comme un baby; il n'y a que moi qui soit une petite sotte, bonne à rien.

Malgré toutes les instances de la ménagère, Alice refusa de prendre autre chose qu'une tasse de café, et se hâta de procéder à sa toilette. A peine était-elle prête que le pas des chevaux noirs de l'Agent résonna sous les fenêtres; en même temps ce galant gentilhomme vint se mettre à sa disposition.

Le trajet jusqu'à la prison se fit en silence, chacun d'eux étant agité de pensées impossibles à communiquer.

Lorsque Mallet donna la main à la jeune fille pour l'aider à descendre de voiture, il fut frappé de sa pâleur extraordinaire, et, avec un réel intérêt, lui en demanda la cause. Alice lui ayant répondu simplement qu'elle était dans son état habituel, il la laissa à l'entrée du logement de son père, puis, avec une profonde révérence, lui annonça qu'il se tenait à sa disposition pour la ramener chez mistress Wyman.

Lorsque la porte s'ouvrit pour la laisser entrer Alice éprouva un si affreux battement de cœur, qu'elle chancela au point d'être obligée de s'appuyer contre le mur pour ne pas tomber. Elle jeta un regard effrayé sur le visage morne et livide du prisonnier, et y lut quelque chose de fatal, d'implacable, qui la glaça jusqu'à la moelle des os.

—Ce n'est pas pour me régaler de votre présence, lui dit-il d'un ton dur et froid, ou pour être assailli par vos jérémiades; j'ai seulement à vous donner des ordres concernant votre position à venir. Prenez une chaise et écoutez-moi.

—Oh! mon père! lui répondit-elle en tendant vers lui ses mains crispées par l'angoisse, vous ne me pardonnerez donc pas?... si vous saviez tout mon chagrin, si vous saviez combien je serai soumise....

—Ne me parlez donc pas d'obéissance, fille d'une mère indisciplinée! je saurai bien vous réduire à la soumission; en tout cas, voici le moment d'obéir.