Le bruit de cet événement était promptement arrivé aux oreilles de Mallet. Sur le champ ses soupçons se portèrent sur Ka-Shaw, la terrible Indienne; mais, allant au plus pressé, il s'élança vers l'écurie pour enfourcher un cheval et courir chez Wyman.

Par un hasard étrange, Ka-Shaw se trouva sur son passage.

—Ah! démon! vociféra Mallet en sautant sur elle et la saisissant par le bras; tu l'as empoisonnée, cette pauvre enfant qui ne t'avait jamais rien fait. Mais tu mourras aussi, vieille louve enragée!

—Elle est donc morte, cette fleur blanche? fit-elle, l'œil étincelant; ah! Ka-Shaw en est fâchée pour ce pauvre Mallet!

—Misérable! avoue ton crime! reprit le Maître hors de lui.

—Mallet est ivre, répondit froidement l'Indienne, plus impassible que le bronze.

—Que la foudre t'écrase! hurla l'autre en la secouant avec violence.

—Prends garde, Mallet! Une fille des Omahas n'oublie rien! dit Ka-Shaw avec un calme sinistre.

—Omahas! traîtres! voleurs! assassins! voilà ce que vous êtes!....

Il n'avait pas fini, qu'un éclair brilla aux mains de l'Indienne et s'abattit sur l'épaule du Maître: le sang coula aussitôt d'une large blessure. Mais, avec une énergie doublée par la colère et le sentiment du danger, Mallet se dégagea des étreintes de la squaw, lui arracha son couteau et le lui plongea dans la poitrine. Elle poussa un cri rauque et tomba raide morte en l'entraînant dans sa chute. Tout cela s'était passé avec la rapidité de l'éclair.