—Pauvre femme! murmura Mallet en se relevant sur un genou et contemplant sa victime, je crois en vérité que je l'ai tuée.
Cette sanglante scène, toute rapide qu'elle eût été, fit rassembler autour des combattants le personnel entier du comptoir: les Blancs n'osèrent rien dire, car ils avaient peur du Maître, d'ailleurs Ka-Shaw était détestée à cause de son caractère insolent et emporté. Les Indiens seuls se répandirent en murmures menaçants.
—Je ne puis prendre beaucoup de temps pour me soigner, dit Mallet au médecin aussitôt appelé pour penser sa blessure: il faut que j'aille à Réserve expliquer cette affaire aux Indiens, ou bien ils seront enragés pour avoir mon scalp.
—Et vous ne feriez pas mal de porter avec vous quelques centaines de dollars.... cela ne serait pas sans influence sur le sentiment national des Indiens.
—Mon Dieu oui! voilà une affaire qui me coûtera cher. Je suis fâché d'avoir tué cette squaw, car je n'aime pas le sang; pourtant il est certain qu'elle avait empoisonné la petite Newcome, et, voyant qu'elle en est réchappée, la Sauvage aurait fort bien pu s'attaquer à moi. De par tous les Diables! comme dit Wyman, il faudra que je plante là cette existence Indienne; j'en ai assez.
Telle fut l'oraison funèbre de Ka-Shaw, et la moralité de ce drame.
CHAPITRE XI
L'HISTOIRE D'UNE NUIT
Deux mois s'étaient écoulés, Alice était toujours chez les époux Wyman. Sa convalescence avait été longue et chancelante; le médecin l'avait déclaré incapable de supporter la vie de pension. Néanmoins les projets de Mallet n'avaient nullement changé; et, sous prétexte de lui faire un trousseau, il transformait journellement le parloir de mistress Wyman en un bazar encombré d'étoffes, de soieries et de somptueux colifichets destinés à la toilette.