Trois mules de charge étaient attachées près de la porte et gardées par deux dragons qui se tenaient à cheval, le mousquet sur la cuisse; six ou huit autres chevaux de troupe étaient tenus en bride par deux autres soldats.

Selon toute apparence, ces mules étaient chargées d'or, et on les dirigeait sur San Agostín sous la protection d'une nombreuse escorte.

Je passai sans m'arrêter devant le rancho. Cependant j'eus le temps de jeter un regard à l'intérieur et d'apercevoir une douzaine de dragons, deux ou trois arrieros et un officier, un alférez à ce que je crus reconnaître.

Après avoir fait une centaine de pas, je pris à travers champs et, contournant le carrefour, j'allai m'embusquer à portée de pistolet du rancho, derrière un rideau de goyaviers qui me dissimulait complètement, tout en me laissant la faculté de voir et d'entendre ce qui se passait au Palo Verde.

Je ne saurais expliquer aujourd'hui quelles étaient les raisons qui me poussaient à agir ainsi que je le faisais. Tout ce que je me rappelle, c'est que j'étais en proie à une préoccupation fiévreuse et à une curiosité que j'essayais vainement de combattre.

J'étais à peine depuis quelques instants installé dans mon embuscade, lorsque, tout à coup, j'entendis résonner, comme un tonnerre lointain, le galop d'une troupe nombreuse de chevaux lancés à toute bride. Au même instant les dragons sortirent du rancho, sur l'ordre de leur officier; ils se mirent en selle, prirent leurs rangs et entourèrent les trois mules auprès de chacune desquelles se tenait un arriero.

L'officier allait donner l'ordre du départ, quand soudain de nombreux cavaliers, portant le costume de lanceros et commandés par plusieurs officiers dont l'un portait les insignes de colonel, apparurent à l'entrée du carrefour.

—Halte! cria le colonel d'une voix stridente.

—Qui vive? répondit fièrement l'alférez commandant l'escorte et qui, en cette circonstance, se conduisit avec beaucoup de vigueur.

—Nous venons vous relever, reprit le colonel d'un ton railleur. Retournez à Mexico. Nous avons reçu l'ordre de convoyer la conducta jusqu'à San Agostín.