Dans une île éloignée de cinquante lieues environ de Tonga-Tabou, il y avait un jeune chef qui, à plusieurs reprises, était venu à l'improviste faire des descentes sur le territoire d'Akou-to-mé-ah, ne se retirant qu'après avoir emmené les femmes et les enfants qu'il avait pu surprendre.
Le grand-chef ne supportait qu'avec impatience ces agressions répétées, et il résolut d'y mettre un terme.
Quinze pirogues de guerre, montées chacune par vingt-cinq guerriers et commandées par lui, Akou-to-mé-ah, et son allié Tobash-Illow, quittèrent un matin Tonga-Tabou et se dirigèrent en bon ordre vers l'Ile dont leur ennemi était le chef.
L'expédition fut heureuse; le débarquement s'opéra sans encombre.
Les ennemis, surpris à l'improviste, éprouvèrent une défaite qui put passer pour un désastre.
Quarante prisonniers, au nombre desquels se trouvait le chef de l'île lui-même, furent embarqués sur les pirogues d'Akou-to-mé-ah.
Puis l'expédition reprit le chemin de Tonga-Tabou.
J'ai oublié de dire que les indigènes de Tonga-Tabou, de même que ceux des Iles-Marquises, de la Nouvelle-Calédonie et de tant d'autres îles de l'Archipel dangereux, sont anthropophages.
Les prisonniers étaient destinés à faire les frais de l'horrible festin que le grand-chef de Tonga-Tabou avait l'intention d'offrir à ses sujets, en réjouissance de la victoire qu'il venait de remporter.
Depuis vingt-quatre heures environ, les vainqueurs avaient repris la mer, quand, vers le soir, une heure avant le coucher du soleil, la flotte des Kanaks fut assaillie par une effroyable tempête et englobée dans un de ces cyclones qui ravagent si souvent ces parages.