L'âge du missionnaire ne lui permettait pas d'aller à la recherche de la caravane. Les moyens lui manquaient complètement pour mettre un tel projet à exécution; et puis, aurait-il eu en son pouvoir les hommes, les chevaux et les armes qu'il lui fallait, de quel côté se serait-il dirigé?

Le désert est immense, inconnu; ses mystérieuses profondeurs sont insondables. Plus les jours se succédaient les uns aux autres, plus le désespoir du padre Sebastian augmentait, maintenant qu'il croyait avoir acquis la triste certitude que jamais son frère ne reparaîtrait.

Un matin, Juan Cabral se présenta au missionnaire; le brave garçon était armé et équipé comme pour un long voyage.

—Mon père, lui dit-il, donnez-moi votre bénédiction; je pars.

—Tu pars? lui demanda le padre Sebastian; où vas-tu, mon fils?

—Mon père, reprit le généreux jeune homme, je ne puis demeurer plus longtemps ici, j'ai le cœur brisé; je veux aller à la recherche du général et de sa famille. Il vous est impossible de quitter la mission; moi, je ne vous suis bon à rien; je veux me mettre sur la piste de ceux que j'aime, et, je vous jure, s'ils existent encore, je les retrouverai.

—Mon pauvre enfant, fit le missionnaire eu hochant la tête, ceux que nous pleurons sont morts, bien morts; nous ne les reverrons jamais.

—Peut-être, mon père! Mais quelque chose me dit à moi que Miguel et sa sœur existent encore; quoique je sois beaucoup plus âgé que lui, Miguel a été nourri par ma mère, nous avons sucé le même lait; où qu'il soit, je suis certain qu'il m'attend; je vais à sa rencontre.

—C'est à la mort que tu marches.

—Non, mon père; Dieu aime les bons cœurs, il me viendra en aide. Donnez-moi votre bénédiction, afin que je parte le cœur léger.