Le missionnaire serra le brave garçon sur son cœur en fondant en larmes.

—Va, mon fils, lui dit-il; et que Dieu te protège!

Une heure plus tard, Juan Cabral se mettait en route.

Juan Cabral était un garçon de vingt-deux à vingt-trois ans, grand, bien bâti, d'une adresse et d'une vigueur extraordinaires; habitué depuis son enfance à courir la frontière dans tous les sens, le désert n'avait rien d'effrayant pour lui; il savait comment y vivre, et de quelle façon s'y conduire.

Quatre jours après son départ de la mission, au moment où il se préparait à monter à cheval, un sourd rauquement se fit entendre près de lui, et un magnifique jaguar, bondissant à travers les broussailles, passa à portée de fusil de son campement. Juan Cabral était Mexicain, c'est-à-dire chasseur. Il s'élança immédiatement à la poursuite du fauve.

Le jaguar, ou tigre d'Amérique (félis unca), est un carnivore du genre chat; il est le plus grand des animaux de son genre: sa longueur est de près de deux mètres, sans compter la queue, qui a soixante centimètres de long; sa hauteur est de huit décimètres; son pelage, d'un fauve vif en dessus, est marbré à la tête, au cou et le long des flancs, de taches noires plus ou moins ocellées; le dessous du corps est blanc, parsemé de taches noires. Cet animal est très féroce; il attaque souvent l'homme, mais il fait surtout une guerre acharnée aux chevaux, aux génisses, aux taureaux. On le voit aussi courir après le gibier, se lancer dans l'eau pour saisir certains poissons dont il est très friand, et, poussé par la faim, il n'hésite pas à se mesurer avec un adversaire bien autrement redoutable, l'alligator. L'agilité du jaguar est extraordinaire; elle lui permet de monter, à l'aide de ses griffes, jusqu'à la cime des arbres, même dépouillés de leurs branches et élevés à plus de soixante pieds du sol. On comprend que la chasse d'un aussi terrible animal est un jeu assez dangereux, et combien ceux qui s'y livrent ont besoin d'adresse, de courage et surtout de sang-froid.

Tout à coup, le jaguar se vautra et sembla tomber en arrêt. Au même instant un cri d'épouvante se fit entendre: ce cri glaça d'effroi le cœur du jeune homme. Il fouetta désespérément son cheval et, épaulant son rifle, il lâcha la détente.

Le jaguar bondit sur lui-même en poussant un hurlement furieux, et retomba mort: la balle de l'intrépide chasseur lui avait fracassé le crâne. Mais Juan Cabral, sans s'occuper davantage du fauve, s'élança à corps perdu dans les buissons. Ses recherches ne furent pas longues. A quelques pas à peine sous le couvert, il aperçut une jeune fille étendue, évanouie, sur l'herbe.

—Oh! s'écria-t-il avec désespoir; Carmen! C'est Carmen! Mon cœur me l'avait dit.

C'était en effet Carmen, la fille du général de Figueroa, que le jeune homme avait retrouvée d'une façon si providentielle. La frayeur seule l'avait fait évanouir; les soins que lui prodigua le jeune homme ne tardèrent pas à la rappeler à la vie.